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Son second roman Quitter les monts d’Automne est disponible en librairie depuis le 2 septembre, nous avons posé quelques questions à Émilie Querbalec…

Illustration de Manchu (détail).

Albin Michel Imaginaire : Le grand public ne vous connaît pas, pouvez-vous vous présenter ?

Émilie Querbalec : Je suis le fruit d’une rencontre improbable entre un père français qui s’est retrouvé au Japon alors qu’il voulait aller en Inde, et d’une étudiante japonaise en droit, qui s’est retrouvée mariée à un français alors qu’elle rêvait de pyramides d’Égypte. J’ai vécu à Sendai, à Tokyo, à Paris ou à Brest. J’ai une affection particulière pour cette dernière ville, parce que c’est là que je me suis remise à écrire. Aujourd’hui, je partage mon temps entre ma vie de famille, mon métier de nutritionniste, et l’écriture.

AMI : Quitter les monts d’Automne est votre second roman ; de quoi parlait le premier, Les Oubliés d’Ushtâr ?

EQ : Les Oubliés d’Ushtâr est un planet/space opera qui raconte l’affrontement de deux mondes, dans un rapport de force inégal. L’une des civilisations est construite selon un modèle patriarcal extrême, l’autre est une utopie déchue. C’est un roman choral, qui s’inscrit dans un univers complètement différent de celui de Quitter les monts d’Automne.

AMI : Vous êtes née au Japon, votre mère est japonaise. Quitter les monts d’automne commence dans une société d’inspiration japonaise. Cette façon oblique d’explorer une partie de vos racines, c’était important pour vous ?

EQ : Oui. J’ai commencé l’écriture de Quitter les monts d’Automne en juin 2017, à un moment où le Japon me manquait terriblement, d’une manière quasi charnelle. Je n’y étais pas retournée depuis longtemps, et j’avais le sentiment grandissant d’avoir été comme amputée d’une partie de moi-même. J’avais un besoin vital de renouer avec cette part de mon identité.

AMI : Comment vous est venue l’idée du personnage de Kaori ?

EQ : Pour la partie création proprement dite du personnage, je me suis inspirée de figures féminines puisées dans la littérature japonaise classique, ou de mangas qui dépeignent certaines périodes historiques du Japon. Des écrivaines comme Higuchi Ichiyô, aussi, ou ces lettrées de l’époque de Heian. Souvent, le sort réservé à leurs protagonistes féminines est assez cruel. Alors même qu’elles auraient pu être effacées de l’histoire, ces écrivaines de l’ancien temps ont su trouver leur voix dans une langue qui leur était propre, pour s’exprimer à travers des notes de chevet, des journaux ou des romans qui nous sont parvenus par-delà les siècles. La narration à la première personne, avec un point de vue féminin et intimiste, était aussi une manière de leur rendre hommage. D’ailleurs, à ce sujet, je me suis beaucoup appuyée sur les travaux et les analyses de Jacqueline Pigeot, qui reste l’une des plus grandes spécialistes de la littérature classique japonaise en France.

AMI : Kaori prend des décisions qui la mettent en danger de mort et vit une aventure hors-norme. C’est un personnage complexe, qui peut se montrer fragile. Pour vous, est-elle une héroïne, ou une anti-héroïne ?

EQ : En SF, dans les films ou les séries, on a déjà pas mal de personnages féminins phares, forts et charismatiques. J’avais envie de mettre en lumière une figure féminine différente. Kaori est une artiste, pas une guerrière. De plus, elle est aux prises avec une éducation très formelle, dans une culture et un monde qu’on pourrait qualifier de pré-modernes. Elle ne peut pas réfléchir et agir comme nous le ferions. C’est une jeune femme sensible et timide, qui sort de sa chrysalide et se révèle à elle-même en menant ses propres combats. J’ai beaucoup de tendresse pour ma petite héroïne. Je trouve qu’elle prend des décisions courageuses et qu’elle fait preuve d’une belle résilience face aux coups du sort. Ses choix ne sont peut-être pas spectaculaires, mais elle avance, pas après pas, sans jamais renoncer ni céder à la tentation du confort, de la culpabilité ou de l’ignorance.

AMI : Il y a un aspect très classique dans Quitter les monts d’Automne qui pousse à penser au cycle de Majipoor de Robert Silverberg, aux romans d’Ursula K. Le Guin. Quels sont vos repères, vos auteurs phare en science-fiction ?

EQ : Je ne suis pas venue à la science-fiction par le biais des livres, mais par les mangas, les BD et les films. Bien sûr j’avais lu quelques classiques, comme Asimov ou Barjavel, mais sans qu’ils me laissent une forte impression. J’ai découvert la puissance évocatrice des littératures de l’imaginaire bien plus tard, en tombant par hasard sur un roman de Doris Lessing. J’aime particulièrement deux sortes de SF. Celle qui fait voyager et s’interroger, ou celle qui procure une sorte de vertige. Je voue une grande admiration à Ursula K.Le Guin, mais aussi, dans un autre registre, à des auteurs comme Ken Liu ou Ted Chiang.

AMI : Vous n’avez droit qu’à un film de SF à emporter dans un long voyage, lequel choisissez-vous ?

EQ : Dune, bien sûr. Celui de Jodorowski, le film qu’il n’a jamais tourné et qu’on peut fantasmer à l’infini.

AMI : Peut-on parler des prochains projets, ou est-il encore trop tôt ?

EQ : J’ai plusieurs projets. Le premier est une fantasy historique qui se déroule dans un Japon médiéval alternatif, mais je l’ai mis entre parenthèses car j’ai besoin d’approfondir mes recherches sur l’époque en question pour pouvoir développer l’univers. J’aimerais aussi retourner sur les lieux qui m’ont inspirée, près de Kyoto.

Le second est un space/planet opera, qui débute avec une héroïne adulte, cette fois, une scientifique qui signe pour une mission qui l’engage sur plusieurs milliers d’années. C’est celui qui m’occupe en ce moment. Bon, et il y aura peut-être des dragons extra-terrestres, mais je ne peux rien promettre.

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