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	<title>Texte court Archives - Albin Michel Imaginaire</title>
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	<title>Texte court Archives - Albin Michel Imaginaire</title>
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		<title>Nous sommes heureux de vous offrir ce texte de Kameron Hurley, lauréat du prix Hugo et inédit en Français !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Eva]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Mar 2019 06:15:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>"Nous avons toujours combattu" Un essai de Kameron Hurley, lauréat du Prix Hugo.</p>
<p>L’article <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/nous-avons-toujours-combattu/">Nous sommes heureux de vous offrir ce texte de Kameron Hurley, lauréat du prix Hugo et inédit en Français !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr">Albin Michel Imaginaire</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="et_pb_section et_pb_section_0 et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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				<div class="et_pb_text_inner"><span style="color: #3c0466;"><em>Afin d’accompagner la parution de son roman </em>Les Étoiles sont Légion,<em> Kameron Hurley et Albin Michel Imaginaire sont heureux de vous proposer la traduction de ce texte inédit en français.<br />
</em><em>Premier essai de l’auteure à remporter un prix Hugo (en 2014), il nous invite à nous pencher sur la façon dont nous considérons les femmes dans l’Histoire et les fictions.<br />
</em><em>Un texte engagé, coup de poing, qu’il nous semblait important de vous offrir.<br />
</em><em>Peut-être y trouverez-vous quelques clés pour apprécier encore plus son </em>space opera<em> clivant ! </em></span></p>
<h1><strong><a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/?attachment_id=3606"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter wp-image-3606" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/titre-article-hurley.png" alt="" width="760" height="457" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/titre-article-hurley.png 1069w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/titre-article-hurley-300x180.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/titre-article-hurley-768x462.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/titre-article-hurley-1024x616.png 1024w" sizes="(max-width: 760px) 100vw, 760px" /></a></strong></h1>
<p>Je vais vous raconter une histoire de lamas. Elle ressemblera surement à toutes les histoires de lamas que vous avez déjà entendues : on s’attardera sur leur peau couverte de très fines écailles, sur leur habitude de dévorer leurs petits quand ceux-ci sont trop chétifs, ou encore comment, à la fin de leur vie, ils se précipitent – à l’instar des lemmings – du haut des falaises pour se noyer dans une mer houleuse. Ce sont des animaux fondamentalement marins, issus de l’océan auquel ils restent liés, à l’instar des marins-pêcheurs qui y trouvent leur subsistance.</p>
<p>Toutes les histoires de lamas se ressemblent. Vous pouvez les lire dans des livres dédiés aux pauvres petits lamas condamnés, gobés par leurs parents impétueux. Vous les voyez dans ces documentaires où l’on observe des troupeaux de lamas au moment où ils se jettent majestueusement dans l’océan. Vous pouvez aussi le constater au cinéma, avec ces lamas <em>badass</em> qui fument le cigare, les écailles peintes façon camouflage.</p>
<p>Comme vous connaissez cette histoire par cœur, parce que vous savez déjà tout de la nature et de l’histoire des lamas, vous êtes parfois choqués, évidemment, quand vous voyez un lama qui n’entre pas dans les cases. Comme ce lama dépourvu d’écailles ! Après un moment de doute, vous en rigolez avec vos amis et blaguez sur les «<em> lamas écailleux </em>» et vos amis rient en retour<em> « Ah, oui, qu’est-ce qu’ils ont comme écailles ! »</em> et ainsi s’efface ce que vous avez pu constater.</p>
<p>Vous vous souvenez, par contre, de ce lama tellement galeux qu’il en semblait couvert d’écailles, après tout, ou encore de ce lama qui semblait tant agressif envers son petit… qu’il finirait peut-être par le manger ? Peu à peu vous oubliez les lamas qui sortent des standards de la littérature, du <em>« vu à la télé »</em>, qui s’éloignent de ces cases typiques dont on vous a maintes fois raconté les particularités.</p>
<p>Petit à petit, tous les lamas que vous croisez au quotidien finissent par entrer dans ces cases. Vous en riez avec vos amis. Vous sentez bien que vous avez surmonté quelque chose. Vous n’êtes pas fou. Vous pensez juste comme tout le monde.</p>
<h1><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-3581 alignright" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation1b-1024x270.png" alt="" width="550" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation1b-1024x270.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation1b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation1b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation1b.png 1080w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /></strong></h1>
<p>Viendra un jour où vous commencerez à écrire à propos de vos propres lamas. Sans surprise, vous ne choisirez pas d’écrire à propos de ceux, doux et végétariens, que vous connaissez, parce que personne ne trouverait cela réaliste. Vous les effacerez de vos histoires. Vous dépeindrez des lamas cannibales et suicidaires, les écailles pleines de peinture.</p>
<p>C’est plus simple de raconter la même histoire que les autres. Cela n’a rien de honteux. C’est simplement un truc de fainéant, ce qui est sans aucun doute le pire crime littéraire que puisse commettre un auteur.</p>
<p>Oh, et aussi : c’est faux.</p>
<hr />
<p>En tant que férue d’Histoire (<em>de toutes ces choses qui sont arrivées avant moi</em>), je suis passionnément intéressée par la vérité.</p>
<p>La vérité existe, que nous la voyons ou pas, que nous y croyons ou pas, et quoi que nous écrivions à son sujet. Elle est tout simplement. Nous pouvons toujours tenter de l’appeler autrement ou de démentir son existence, ses répercussions nous poursuivent, peu importe que nous souhaitions les identifier, les commémorer, ou pas.</p>
<p><div style="width: 332px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/48/Ida_Mntwana_leads_the_Congress_in_a_freedom_song.jpg/800px-Ida_Mntwana_leads_the_Congress_in_a_freedom_song.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/48/Ida_Mntwana_leads_the_Congress_in_a_freedom_song.jpg/800px-Ida_Mntwana_leads_the_Congress_in_a_freedom_song.jpg" width="322" height="242" /></a><p class="wp-caption-text"><span style="color: #3c0466;">Ida Mntwana (1903-1960) activiste sudd-africain anti-apartheid, présidente de la Ligue des femmes de l&rsquo;ANC. Photographie d&rsquo;Azola Dayile</span></p></div></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le jour où j’ai pu m’entretenir avec l’un de mes professeurs à Durban, en Afrique du Sud, pour discuter de mon mémoire de maîtrise d’Histoire, il m’a demandé pourquoi je voulais écrire à propos des femmes résistantes.</p>
<p>« Parce que les femmes comptent pour vingt pour cent de la branche militante de l’ANC » Je bouillonnais « Vingt pour cent ! Quand je l’ai découvert je n’y ai pas cru. Et vous savez, les femmes n’ont pourtant jamais fait partie des forces armées… »</p>
<p>Il m’a interrompue : « Les femmes ont toujours combattu.</p>
<p>— Comment ça ?</p>
<p>— Les femmes ont toujours combattu. Shaka Zulu avait une milice de guerrières. La présence des femmes est avérée dans tous les mouvements de résistance. Il y a toujours eu des femmes travesties en hommes pour partir au front, sur terre comme en mer,  pour participer activement au combat.»</p>
<p>Je n’avais rien à répondre à cela.</p>
<p>J’avais grandi aux USA, au sein d’une culture reposant seulement sur les Grands Hommes de l’Histoire, confortée année après année par ma scolarité. Une Histoire tellement emplie de ces Grands Hommes que j’avais dû m’inscrire à un cours spécifique sur les Femmes de l’Histoire, juste pour apprendre ce qu’elles avaient bien pu faire pendant que les hommes s’entretuaient.</p>
<p>Comme de juste, beaucoup d’entre elles gouvernaient, certaine avaient même pu découvrir de meilleures méthodes de contraception ou de régulation des naissances aidant par la suite à la reconstruction de nombreux pays. Ce fût le cas notamment durant l’antiquité gréco-romaine.</p>
<p>Les femmes comptent pour la moitié de l’humanité, mais nous entendons plus d’histoires sur ce qu’elles subissent que sur ce qu’elles font. Le plus souvent, quand on parle des femmes, elles sont la fille de quelqu’un. <em>La femme de. </em><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-3580 alignright" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation2b-1024x270.png" alt="" width="550" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation2b-1024x270.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation2b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation2b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation2b.png 1080w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /></p>
<p>Je viens de regarder une émission de télé réalité à propos de pilotes d’avions de brousse en Alaska qui avaient chacun une petit intro à propos de leur vie de famille et de leurs passion. La seule femme pilote y était présentée comme «<em> petite amie de tel autre pilote</em> ». Ce fût le cas jusqu’à leur séparation dans la saison 2, où elle obtint enfin sa propre présentation. Les spectateurs apprirent alors qu’elle vivait en Alaska depuis bien plus longtemps que tous les autres pilotes et plus encore : à ses talents d’aviatrices s’ajoutaient ceux de chasseuse, pêcheuse et grimpeuse !</p>
<p>Mais ce dont avait besoin l’émission, c’était d’un « Lama cannibale » à l’histoire rabâchée et prévisible : ne pas trop poser de questions, regarder ailleurs, c’était bien plus facile.</p>
<hr />
<p>Le langage est un instrument puissant car il change le regard que nous portons sur le monde comme sur nous-même, de façons aussi réjouissantes qu’horribles. N’importe quelle personne ayant un tant soit peu de connaissances militaires – ou à l’écoute de la façon dont les médias parlent de la guerre – doit s’en être rendue compte.</p>
<p>On ne tue plus des personnes, on tue des cibles. On ne tue plus des enfants de 15 ans, mais des combattants ennemis (aujourd’hui toute personne de plus de 15 ans tuée par une attaque de drones est automatiquement comptée comme combattant ennemi. Pas comme un adolescent ou un enfant.)</p>
<p>Même lorsqu’on parle de «<em> gens</em> » on ne pense pas vraiment « <em>hommes et femmes </em>». Ce qu’on veut dire c’est « les gens <em>et</em> les femmes ». On parle des « Romanciers américains » et des « <a href="https://www.theguardian.com/books/2013/apr/25/wikipedia-women-american-novelists" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Femmes Romancières Américaines</a> ». On parle de « Jeunes Développeurs » et de «<a href="http://www.tor.com/blogs/2013/05/lady-teenage-coder-fixes-your-twitter-so-no-one-can-spoil-game-of-thrones-for-you-again" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jeunes Développeurs de sexe féminin</a>».</p>
<p><div id="attachment_3613" style="width: 332px" class="wp-caption alignleft"><img aria-describedby="caption-attachment-3613" loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-3613" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/viking-grave-bj-581-in-birka-sweden-by-hjalmar-stolpe-in-1889-300x164.png" alt="" width="322" height="176" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/viking-grave-bj-581-in-birka-sweden-by-hjalmar-stolpe-in-1889-300x164.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/12/viking-grave-bj-581-in-birka-sweden-by-hjalmar-stolpe-in-1889.png 664w" sizes="(max-width: 322px) 100vw, 322px" /><p id="caption-attachment-3613" class="wp-caption-text"><span style="color: #3c0466;">Tombeau de guerrière Viking découvert par Hjalmar Stolpe en 1889</span></p></div></p>
<p>Et quand on parle de la guerre, on parle des soldats et des femmes soldats.</p>
<p>Notre langage et notre vocabulaire se sont construits tels que, si nous parlons de l’Histoire et utilisons le mot « soldats », cela efface immédiatement toutes les femmes ayant jamais combattu. On le voit ailleurs, par exemple chez ces chercheurs qui ont fouillé des sépultures Viking et ne se sont pas donné la peine de vérifier si les tombes appartenaient à des hommes ou des femmes. Il y avait des épées. Les épées c’est pour les soldats. Les soldats sont des hommes.</p>
<p>Il leur fallu quelques années supplémentaires pour <a href="http://content.usatoday.com/communities/sciencefair/post/2011/07/invasion-of-the-viking-women-unearthed/1?csp=34tech&amp;utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+usatoday-TechTopStories+%28Tech+-+Top+Stories%29" target="_blank" rel="noopener noreferrer">penser à identifier les ossements</a>, plutôt que se baser sur la présence d’épées pour identifier le sexe de ces combattants, et réaliser leur ainsi erreur : <a href="https://www.nationalgeographic.fr/histoire/lun-des-plus-grands-guerriers-vikings-etait-une-femme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">les femmes Viking aussi combattaient</a>.</p>
<p>En réalité les femmes sont capables de bien plus que nous ne l’avons longtemps admis. Au moyen-âge elles étaient <a href="http://the-history-girls.blogspot.co.uk/2013/05/sword-and-scalpel-by-karen-maitland.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">doctoresses et policières</a>.  En Grèce elles étaient… Oh, merde. Ecoutez. <a href="http://fozmeadows.wordpress.com/2012/12/08/psa-your-default-narrative-settings-are-not-apolitical/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Foz Meadows est meilleure que moi pour sourcer et donner des liens</a>, si vous voulez des preuves.</p>
<p>On va le dire autrement : si vous pensez qu’il existe une chose – n’importe laquelle – que les femmes n’auraient pu faire dans le passé : vous avez tort. Il y a même des femmes – ici et là – qui prennent l’habitude de pisser debout. D’avoir des dildos. Et ainsi de suite, pour foultitude de détails auxquels pensent les petits malins qui aiment la ramener en précisant « c’est impossible que les femmes aient fait tel truc ! ». Si, si, elles l’ont fait. Les femmes trans et intersexes aussi, elles ont combattu et sont mortes, souvent mégenrées et oubliées, dans les méandres de l’histoire. Alors souvenons-nous, quand nous parlons des femmes et des hommes comme s’ils étaient interchangeables, comme de simples catégories historiques, qu’existent bien celles qui ont toujours vécu, qui ont toujours combattu, <a href="http://sovay.livejournal.com/611585.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer">cachées dans les plis de la trame historique.</a></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft wp-image-3579 " src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation3b-1024x270.png" alt="" width="550" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation3b-1024x270.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation3b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation3b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation3b.png 1080w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /> Aucun de ces détails ne correspond à nos stéréotypes, à nos préconceptions. Nous ne voulons parler des femmes qu’à propos d’une possibilité unique : celle d’être des épouses, des mères, des sœurs et des filles, toujours assujetties à un homme. Je le constate en permanence dans les livres et à la télévision. Je l’entends à la façon dont nous en parlons.</p>
<p>Tous ces lamas cannibales.</p>
<p>Et ça ne me facilite pas la tâche, moi qui souhaite écrire à propos de lamas végétariens.</p>
<p><div style="width: 332px" class="wp-caption alignleft"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://library.uoregon.edu/sites/default/files/node5241/tiptree_03.jpg" width="322" height="226" /><p class="wp-caption-text"><span style="color: #3c0466;">James Tiptree Jr. (1915-1987)</span></p></div></p>
<p>James Tiptree Jr. a écrit une nouvelle très intéressante intitulée « <em>The women men don’t see</em> » [Vol 727 pour ailleurs][1]. Je l’ai lue quand j’avais une vingtaine d’années,  je dois admettre qu’alors je n’avais pas compris pourquoi on en faisait tout un foin. Car c&rsquo;est bien une histoire qui nous prend à revers ! L’intégralité du texte se déroule du point de vue d’un homme qui ne fait pas grand-chose, voyageant avec une femme et sa fille. A sa façon, nous les lecteurs, nous ne les « voyons » pas vraiment. On ne réalise qu’à la toute fin qu’elles étaient, en fait, les héroïnes de cette histoire.</p>
<p>Après tout, la nouvelle adopte le point de vue de cet homme. C’est son récit. Nous, lecteurs, y sommes alors partie prenante de sa pensée. Ces femmes n’y sont que des objets passifs, des sortes de PNJ[2],  observées depuis le point de vue restreint de cet homme.</p>
<p>Nous nous ne les voyons pas plus que lui.</p>
<hr />
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignright wp-image-3578 " src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation4b-1024x270.png" alt="" width="550" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation4b-1024x270.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation4b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation4b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation4b.png 1080w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" />Quand j’avais seize ans, j’ai écrit une dissertation sur l’interdiction des femmes à combattre dans l’armée. Je l’ai retrouvée récemment en fouillant de vieux papiers. Mon argumentaire y était simple : la guerre était quelque chose de terrible et la famille était une institution, alors si tous les hommes mourraient à la guerre, pourquoi voudrions-nous que les femmes y périssent également?<br />
Ma réflexion toute entière tenait en cela : « <em>Les femmes ne devraient pas se joindre au combat car, tout comme leurs congénères masculins, elles pourraient y mourir</em> »</p>
<p>J’ai eu un A.</p>
<p>Je dis souvent que je ne connais pas de plus grande misogyne consciente de l’être que moi.</p>
<p>J’écrivais une scène, l’autre nuit, entre une femme générale et un homme qu’elle avait aidé à accéder au trône. Cela débutait par une sorte de tension romantique, jusqu’à ce que je réalise à quel point c’était fainéant. Que je pouvais créer d’autres types de tension.</p>
<p><div style="width: 190px" class="wp-caption alignright"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Alfons_Mucha_-_1899_-_Hamlet.jpg" alt="Sarah Bernhardt dans le rôle d'Hamlet, par Alfons Mucha" width="180" height="497" /><p class="wp-caption-text"><span style="color: #666699;"><span style="color: #3c0466;">Sarah Bernhardt dans le rôle d&rsquo;Hamlet.Alfons Mucha, 1899</span><br /></span></p></div></p>
<p>J’avais fait une référence à l’esclavage sexuel, que j’ai ensuite coupée. J’ai failli la laisser se faire insulter de façon sexiste. Je grognais devant mon écran. Il voulait l’aider à sauver son enfant… non. Son frère ? Ouais. Elle allait le trahir. Très bien. Ses épouses avait péri… non. Un conseiller ? Des amis ? Et si quelqu’un l’avait… simplement quitté ?</p>
<p>Même en écrivant majoritairement à propos de sociétés où il y a peu de violences sexuelles, ou tout du moins pas de violences spécifiquement contre les femmes, je me retrouve souvent engluée dans les mêmes clichés. <em>« Bon, c’est un sale type et j’ai besoin que mon héroïne vive un truc traumatisant, alors il va la violer »</em> J’ai vraiment fait ça dans le premier jet de mon premier roman, alors qu’il se passe dans une société où il y a 25 fois plus de femmes que d’hommes. Parce que, bien sûr, C’est Comme Ça.</p>
<p>Récemment je regardais une autre série télé, supposée raconter le cheminement d’une jeune fille outrepassant un traumatisme. Au final, j’ai vu une série où deux personnages masculins se battaient pour savoir à qui revenait la faute de ce qu’elle avait subi. C’était l’une des plus flagrantes invisibilisation d’un personnage féminin que je voyais depuis un bail. A un moment donné, elle se trouve carrément dans la même pièce que ces deux mecs se disputant à propos de son trauma à elle, nous révélant ainsi leurs personnalités, pendant qu’elle-même se fond dans le décor.</p>
<p>On en oublie ainsi le sujet même de l’histoire. On efface de nos propres vies les femmes puissantes, charismatiques, intelligentes, terrifiantes. Alors que les femmes poignardent, mutilent, tuent, dirigent, possèdent et gouvernent. On le sait. On s’en rend compte tous les jours. On le vit. On le voit.</p>
<p>Sauf que nos petits systèmes de cases ne le permettent pas : alors on se retrouve avec deux mecs s’engueulant dans une pièce pendant que l’héroïne sanglote  dans un coin.</p>
<hr />
<p>Qu’est-ce que le réalisme ou la vérité ? D’aucun me répondront que la vérité est ce qu’ils vivent. C’est sans compter qu’il est complexe de démêler ce que nous avons réellement vécu de ce qui nous est raconté a posteriori sur ce vécu, ou sur ce qu’on devrait avoir vécu. Nous sommes des créatures sociales, et ainsi, des créatures faillibles.</p>
<p>Durant un désastre ou une catastrophe la plupart des personnes vont demander<a href="http://io9.com/the-frozen-calm-of-normalcy-bias-486764924" target="_blank" rel="noopener noreferrer"> jusqu’à quatre avis différents avant de se forger leur propre opinion</a>, avant d’agir. Vous pouvez former les gens à répondre plus vite dans ce type de situations avec un entraînement drastique (comme à l’armée), mais en grande partie, disons 70% des êtres humains, nous préférons reprendre notre routine quotidienne. Nous aimons nos petites cases. Nous attendons d’être devant une montagne de preuves et – plus important encore – de témoignages d’énormément de proches, pour enfin agir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-3577 alignleft" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation5b.png" alt="" width="549" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation5b.png 1080w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation5b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation5b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation5b-1024x270.png 1024w" sizes="(max-width: 549px) 100vw, 549px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est une constante dans les grandes villes et c’est ainsi que les gens se retrouvent détroussés à un arrêt de bus ou agressés sur un trottoir à l’heure de pointe. C’est cela qui permet les meurtres en pleine journée, des cambriolages dans des rues passantes, avec les voisins dehors. La plupart des gens préfèrent ignorer ce qui sort de leur ordinaire. Ou, pire, préfèrent espérer que quelqu’un d’autre s’en chargera.</p>
<p>Je me rappelle d’un trajet en train vers Chicago, dans un wagon avec une douzaine d’autres gens. En face de moi, dans la voiture, un homme est soudain tombé de son siège. Il  s’est simplement… écroulé dans l’allée et a commencé à convulser. Il y avait trois personnes entre lui et moi. Personne n’a rien dit. Personne n’a rien fait.</p>
<p>Je me suis levée, «<em> Monsieur ? </em>» l’ai-je interpellé tout en m’approchant.<br />
Cet acte simple a amorcé le mouvement. J’ai demandé à quelqu’un de prévenir le conducteur via le signal d’alerte, d’appeler une ambulance pour le prochain arrêt. Après ce premier geste, il y avait soudain trois ou quatre autres personnes à la rescousse de cet homme.</p>
<p>Il avait fallu que quelqu’un bouge en premier.</p>
<p>Une autre fois je me tenais debout dans une rame de métro bondée quand une jeune femme, près de la porte, a fermé les yeux et a soudain lâché la liasse de papiers qu’elle transportait. Elle était serrée contre d’autre gens, personne ne bougeait. Elle commençait à s’écrouler, alors j’ai crié « <em>TOUT VA BIEN ?</em> » en sa direction : à ce moment d’autres personnes l’ont enfin vue, alors qu’elle s’affaissait. C’est ainsi que le mouvement a démarré, un médecin s’est signalé depuis l’autre bout de la rame, quelqu’un lui a laissé son siège, les gens se sont mis en mouvement.</p>
<p>Dans ce type de situations il est nécessaire qu’une personne se lève pour les autres. On ne peut pas faire comme si on ne voyait rien. Car c’est ainsi – parce que personne ne disait rien – que des gens ont été tués et agressés à des coins de rues bondées, avec des centaines de personnes autours faisant comme si de rien n’était. Sauf que prétendre que c’est normal ne rend pas les choses normales. Quelqu’un doit le signaler. Quelqu’un doit démarrer la machine. Quelqu’un doit agir.</p>
<hr />
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-3575 alignright" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation7b.png" alt="" width="549" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation7b.png 1080w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation7b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation7b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation7b-1024x270.png 1024w" sizes="(max-width: 549px) 100vw, 549px" />La première fois que j’ai tiré (avec une arme à feu) c’était chez mon mec du lycée : d’abord une carabine, puis un fusil à canon scié. Depuis j’ai appris à me débrouiller avec un Glock, je suis toujours une bille avec une carabine, et j’ai pu essayer un AK-47, arme favorite des révolutionnaires du monde entier, surtout dans les années 80.</p>
<p>A 24 ans, j’ai explosé mon premier <em>punching bag</em> d’une centaine de kilos à mains nues. Et ça compte bien plus pour moi. N’importe qui peut utiliser une arme à feu, mais à compter de ce moment je savais que je pouvais frapper directement en pleine face. Et fort.</p>
<p>Tout en grandissant j’ai appris que les femmes doivent se complaire dans certaines rôles, certaines activités. J’avais pourtant de bons exemples autour de moi : dans ma famille, les femmes sont des bosseuses, des matriarches. Mais les récits que je voyais à la télé ou lisais dans tellement de livres clamaient que ces femmes-là étaient des anomalies. Comme des lamas velus et végétariens. Rarissimes.</p>
<p>Ces histoires avaient tout faux.</p>
<hr />
<p>J’ai passé deux ans en Afrique du Sud et une autre décennie, après mon retour aux États Unis, à étudier l’Histoire des femmes combattantes. J’ai constaté que des femmes avaient combattu dans toutes les armées révolutionnaires, jusqu’à en constituer parfois 20 ou 30% du total. Pourtant, quand on parle des « armées révolutionnaires » que disons-nous ? Quelles images s’imposent ? Est-ce qu’on pense à un groupe de trois femmes et sept hommes ? De six femmes pour quatorze hommes ?</p>
<p><div style="width: 415px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/44/An_episode_in_the_revolutionary_war_in_China%2C_1911_-_the_revolutionary_women%27s_army_attacks_Nanking._Wellcome_V0047151.jpg/1280px-An_episode_in_the_revolutionary_war_in_China%2C_1911_-_the_revolutionary_women%27s_army_attacks_Nanking._Wellcome_V0047151.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/44/An_episode_in_the_revolutionary_war_in_China%2C_1911_-_the_revolutionary_women%27s_army_attacks_Nanking._Wellcome_V0047151.jpg/1280px-An_episode_in_the_revolutionary_war_in_China%2C_1911_-_the_revolutionary_women%27s_army_attacks_Nanking._Wellcome_V0047151.jpg" alt="Milice de femmes menées par Wu Shuqing lors de la Révolution Xinhai de 1911 (Chine) // Illustration : Wellcome Library, London" width="405" height="297" /></a><p class="wp-caption-text"><span style="color: #3c0466;">Milice de femmes menées par Wu Shuqing lors de la Révolution Xinhai de 1911 (Chine) // Illustration : Wellcome Library, London</span></p></div></p>
<p>Il y a non seulement eu des fabricantes de bombes, d’armes et de munitions pendant la seconde guerre mondiale, mais les femmes y conduisaient aussi des tanks et pilotaient des avions. Pareil pour la guerre civile et les guerres  révolutionnaires – donnez-moi un conflit et je peux facilement vous montrer où les femmes s’y engageaient et récupéraient leurs armes. Même Shaka Zulu enrôlait des combattantes dans sa lutte. Cependant quand on parle des « <em>armées de Shaka Zulu</em> » ce n’est pas cette image qui nous vient en tête directement. Est-ce qu’on pense à ces femmes ? Sont-elles invisibles ? Si nous nous efforçons de les réintégrer à nos histoires, est-ce que ça sera jugé « <em>peu réaliste </em>» ?</p>
<p>Bien sûr, on parle parfois de ces bataillons. Mais si j’effectue une recherche sur Google du genre «<em> femmes s’étant battues avec Shaka Zulu </em>» j’apprends que ce dernier possédait « <em>un harem de 1200 femmes</em> ». Sans compter sa mère, bien sûr. Et cette phrase, très courante : «<em> femmes, bétail et esclaves </em>». D’une seule traite.</p>
<p>C’est tellement facile de croire que les femmes ne se sont jamais battues, n’ont jamais dirigé, quand elles ne sont jamais visibles.</p>
<hr />
<p>A quoi ça rime de rabâcher toujours le même type d’histoire ? De partager sans cesse ces vieux mensonges ? S’il y a toujours eu des battantes, des meneuses, des stratèges… est-ce que nos histoires reflètent la réalité ? Car ce n’est pas en écartant ces personnes que l’on changera la réalité.</p>
<p>On s’y met ?</p>
<p>Les histoires racontent ce que nous sommes. Ce dont nous sommes capables. Et je crois qu’en cherchant un bon récit on cherche à mettre un peu de sens dans nos vies et comprendre le monde qui nous entoure. Nos récits et nos histoires, comme le langage, nous apprennent ce qui importe.</p>
<p>Si les femmes sont des «<em> pétasses </em>», des «<em> salopes </em>» et des «<em> putains </em>», que les gens que nous tuons des « <em>bons à rien </em>», des «<em> japs</em> », des « niakoués », ils sortent un peu de l’humanité, non ? Il n’en sera que plus simple de les en effacer. De les tuer. De les ignorer. De ne plus les voir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-3574 alignleft" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation8b.png" alt="" width="549" height="145" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation8b.png 1080w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation8b-300x79.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation8b-768x203.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/11/citation8b-1024x270.png 1024w" sizes="(max-width: 549px) 100vw, 549px" />Lorsqu’on fait pourtant l’effort d’imaginer notre monde comme une ruche bourdonnante d’individus en tous genres et de tous sexes, compliqués, uniques, et d’histoires passionnantes qui n’attendent que d’être racontées, il devient impossible de les ignorer. Nous n’avons plus des « femmes et du bétail et des esclaves » mais des personnes agissant sur leurs propres histoires et destins. Et sur les nôtres.</p>
<p>Lorsque nous choisissons d’écrire quelque chose, ce n’est pas juste une histoire individuelle que nous racontons. C’est une histoire collective, une histoire individuelle et notre Histoire. Nous existons comme un ensemble. L’Histoire s’est déroulée ici, elle nous est commune. Elle est crade, complexe, souvent tragique autant que terrifiante. En ignorer toute une moitié, prétendre qu’il n’y a jamais eu qu’une façon de vivre en tant que femme – seulement en relation avec les hommes qui les entourent – ce n’est pas qu’un acte d’invisibilisation isolé, mais une invisibilisation politique.</p>
<p>Ne peupler un monde que d’hommes, avec seulement des héros masculins, des personnages masculins, et leurs « femmes, bétails et esclaves » est un acte politique. Vous choisissez alors consciemment d’invisibiliser la moitié du monde existant.</p>
<p>Comme écrivains, comme conteurs, nous pouvons faire des choix bien plus intéressants.</p>
<p>Je pourrais vous rabâcher que les lamas sont recouverts d’écailles. Je pourrais vous les dessiner. Réécrire l’Histoire. Mais je ne suis qu’une seule conteuse et mes mensonges ne créent aucune catégorie ; à moins que vous ne finissiez par tomber d’accord avec moi. A moins que vous n’écriviez déjà la même chose. À moins que vous ne rejetiez cette catégorisation fainéante et sa perpétuation.</p>
<p>Cette invisibilisation existe car nous y prenons part. Vous, moi, chacun d’entre nous.<br />
Ne laissons pas cela continuer.</p>
<p>Ne soyons pas fainéants.</p>
<p>Les lamas vous remercieront.</p>
<p>Et des personnes, bien réelles, aussi.</p>
<hr />
<p><em>[1] NDT : On notera l’incroyable ironie du titre français</em><br />
<em>[2] PNJ : Personnage Non Joueur : simple figurant d&rsquo;un récit<br />
</em></p>
<p><em>NDLT : Si vous souhaitez en savoir plus sur la cohorte de femmes qui ont fait l&rsquo;Histoire, vous en inspirer, ou juste assouvir votre curiosité, voici deux ressources qui m&rsquo;ont été utiles : </em><a href="https://histoireparlesfemmes.com/">https://histoireparlesfemmes.com/</a> et <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Category:Timelines_of_women_in_history">https://en.wikipedia.org/wiki/Category:Timelines_of_women_in_history </a></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Traduction : Eva Sinanian</strong></p>
<p style="text-align: right;"></div>
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<p>L’article <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/nous-avons-toujours-combattu/">Nous sommes heureux de vous offrir ce texte de Kameron Hurley, lauréat du prix Hugo et inédit en Français !</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr">Albin Michel Imaginaire</a>.</p>
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		<title>Albin Michel Imaginaire vous offre cet article de Sam J. Miller</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Eva]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Feb 2019 14:57:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Inclassable]]></category>
		<category><![CDATA[Science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Texte court]]></category>
		<category><![CDATA[La Cité de l'orque]]></category>
		<category><![CDATA[Qaanaaq]]></category>
		<category><![CDATA[Sam J. Miller]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
		<category><![CDATA[tribune]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’article <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/continuer-a-ecrire-sida-sam-j-miller/">Albin Michel Imaginaire vous offre cet article de Sam J. Miller</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr">Albin Michel Imaginaire</a>.</p>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p><span style="color: #666699;">Cet article de Sam J. Miller nous semble apporter un éclairage important sur son roman « La Cité de l&rsquo;orque ».<br />Initialement publié le 1er décembre 2018 <a href="https://medium.com/@orbitbooks/why-we-still-need-aids-stories-4eb0dd6959de" target="_blank" rel="noopener">par Orbit books, </a>à l&rsquo;occasion de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, il n&rsquo;en reste pas moins essentiel le reste de l&rsquo;année dans son propos nécessaire (et porteur d&rsquo;espoir).</span><br /><span style="color: #666699;">Il est traduit de l&rsquo;anglais (USA) par Eva Sinanian &amp; Gilles Dumay.</span><strong><em><br /></em></strong></p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-3981 " src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/02/article-miller-aids-1024x616.png" alt="" width="780" height="469" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/02/article-miller-aids-1024x616.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/02/article-miller-aids-300x180.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/02/article-miller-aids-768x462.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/02/article-miller-aids.png 1069w" sizes="(max-width: 780px) 100vw, 780px" /></strong></p>
<p>Il faut que je vous dise une chose à propos des apocalypses : elles se produisent en continu et il nous est facile de les ignorer, tant qu’elles ne nous concernent pas. Certes, aucune horde de zombies erre sur Times Square, mais nous avons des populations entières – dans les pays en développement comme dans les pays développés – dont le quotidien est aussi dur que celui des personnages de nos pires récits apocalyptiques.</p>
<p>Je parle en connaissance de cause : j’ai passé plus d’une dizaine d’années à travailler avec des sans-abris à New York City, qui vivent une apocalypse qu’ignorent les millions de New Yorkais qui les croisent au quotidien. Du point de vue des sans-abris, la société est déjà à terre. Tous les jours, ils ignorent s&rsquo;ils vont, oui ou non, manger. Des gangs rôdent et les menacent, les immolent. Ils sont encore régulièrement victime de crimes de haine. L’état de droit est déjà loin. Les flics n’existent que pour les harceler et les arrêter alors qu’ils ne souhaitent qu’assouvir des besoins aussi vitaux que de trouver un peu de sommeil.</p>
<p>Les exemples sont indénombrables. Selon certaines estimations, il y a, à cet instant, au moins cinq génocides en cours sur notre planète – et nombreux sont ceux qui estiment ce chiffre à la hausse. Pour chacun de ces massacres, on trouve toujours des personnes impliquées promptes à se défendre en avançant que seules d’horribles personnes commettent des génocides, horribles personnes qu&rsquo;elles ne sont bien évidemment pas !</p>
<p>Les apocalypses nous éclairent. Elles nous dévoilent les vrais rouages du monde : qui est en sécurité, qui est vulnérable. Qui sera aidé par l’état et qui ne le sera pas.</p>
<blockquote>
<p><em>Les apocalypses nous éclairent. Elles nous dévoilent les vrais rouages du monde</em></p>
</blockquote>
<p>Il y a bientôt quarante ans une apocalypse s’est produite, à l’échelle mondiale. Dans un premier temps on l’a appelée « le cancer gay », le SIDA/VIH a touché d’abord les queers et plus particulièrement les personnes racisées. Les réponses des élus, des dirigeants religieux, à cette catastrophe ont couvert tout le spectre qui sépare le silence glacé, meurtrier, à une hostilité toxique. Beaucoup d&rsquo;Américains en ont référé au « jugement divin », ont réclamé des tatouages obligatoires pour identifier les porteurs du SIDA/VIH. Lorsque des représentants fédéraux se sont rendus à NYC et se sont alarmés publiquement de la grande proportion de sans-abris touchés par le SIDA/VIH, chiffre qui menaçait de croître, les élus leur ont rétorqué de ne pas s’inquiéter, arguant que les personnes touchées par le SIDA/VIH mourraient si vite que l’on ne constaterait aucune hausse. Tandis que l’épidémie ravageait le pays, le Président refusait d’en dire le nom – il ne le fit pas publiquement avant 1985, alors que l&rsquo;épidémie avaient déjà causé le décès de plus de 8000 personnes.</p>
<blockquote>
<p><em>Nous étions dos au mur, à regarder mourir nos amis, nos proches, les gens que nous aimions le plus au monde. <br />Nous n’avions plus rien à perdre, alors nous avons contre-attaqué.</em></p>
</blockquote>
<p>En même temps, le SIDA/VIH a permis de révéler autre chose : notre pouvoir. Le monde entier feignait l’ignorance pendant que nous étions dos au mur, à regarder mourir nos amis, nos proches, les gens que nous aimions le plus au monde. Nous n’avions plus rien à perdre, alors nous avons contre-attaqué. Avec leurs visuels assertifs, flamboyants, agressifs, ACT UP comme d’autres collectifs ont remué ciel et terre pour forcer les tenants du<em> status quo</em> à les remarquer. Ils ont interrompu une messe à la Cathédrale St Patrick. <img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.actupparis.org/wp-content/uploads/2017/12/TMP-badge-action-vie.jpg" alt="" width="185" height="244" />Ils ont stoppé le trafic, pendant l’heure de pointe, à <em>Grand Central Terminal</em>. Ils ont organisé des <em>die in<span style="color: #666699;"><sup>1</sup></span></em> massif à la Bourse de New York, pour demander de mettre fin aux profits réalisés par les industries pharmaceutiques sur les médicaments anti-SIDA. Ils ont même manifesté contre un certain Donald Trump en 1989, pour alerter sur les façons dont les mairies privilégiaient les riches entrepreneurs fonciers tout en refusant de créer des logements pour les sans-abris touchés par le SIDA/VIH. L’art et l’activisme ont changé la donne en s’alliant d’une façon sublime et imparable.<span style="color: #666699;"><sup>2</sup></span></p>
<p>Le SIDA/VIH a mis en lumière toute la haine et l’homophobie qu&rsquo;impliquent le patriarcat et ses fondements. C’est une monstruosité, mais nous ne pouvons combattre que ce que nous voyons. Durant l’ère du SIDA/VIH, les luttes pour la visibilité et l’égalité LGBTQIA<span style="color: #666699;"><sup>3</sup></span> ont frappé fort, et les années suivantes ont vu émerger d’incroyables transformations et la victoire de nos combats, qu’ils soient pour le mariage entre personnes du même sexe, l&rsquo;acceptation des gays dans l’armée, sans compter l’explosion d’une scène artistique queer grandiose, qui a même produite à Hollywood d’adorables comédies romantiques gays pour adolescents.<span style="color: #666699;"><sup>4</sup></span></p>
<p>L’apocalypse n’est cependant par terminée. Le patriarcat n’a pas chuté. Le SIDA/VIH ravage toujours nos communautés. Personne ne souhaite en parler. Le simple fait que cette maladie ne tue plus « à coup sûr » ne la rend pas moins pernicieuse et n&rsquo;atténue en rien l&rsquo;injustice de sa répartition démographique.</p>
<p>Je refuse que nous oubliions cette réalité.</p>
<p><a href="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/livre/la-cite-de-l-orque/" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" decoding="async" class=" wp-image-3523 alignleft" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1-205x300.jpg" alt="" width="182" height="266" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1-205x300.jpg 205w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1-768x1125.jpg 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1-699x1024.jpg 699w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1-1080x1581.jpg 1080w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2018/08/blackfish-city-1.jpg 1399w" sizes="(max-width: 182px) 100vw, 182px" /></a>Avec mon roman <em>La cité de l’orque</em>, je souhaite raviver ce discours. Dans un futur où la montée des eaux a transformé le globe, où les réfugiés s’entassent dans une ville-plateforme proche du cercle polaire, une maladie mystérieuse connue comme « Les Failles » ravage la population. Les personnes touchées par « Les Failles » – et ceux qui les aiment – attendent en vain que les IA impénétrables tirant les ficelles du gouvernement trouvent un remède ou s’expriment enfin à leur sujet.</p>
<p>Cependant, cette maladie permet également à ces personnes de partager leurs connaissances et savoirs, leurs mémoires et leurs rêves, de se lier télépathiquement. Isolés et apeurés, elles n’ont aucun moyen de renverser la vapeur, mais en tant qu’organisme uni, organisé, elles possèdent cette capacité à changer les fondements de la société.</p>
<p>Un peu comme nous, maintenant.</p>
<blockquote>
<p><em>En tant qu’organisme uni, organisé, les personnes touchées par « Les Failles » possèdent cette capacité à changer les fondements de la société.</em></p>
</blockquote>
<p>La haine toxique qui fit du SIDA/VIH une apocalypse est toujours vivace, elle se porte même plutôt bien. Elle a propulsé notre président actuel jusqu’à la maison blanche. Elle motive de nombreux crimes de haine et est tellement enracinée qu’une bonne partie des gens semblent vivre aujourd’hui dans une dystopie. Des mères sont incarcérées pour avoir conduit leurs enfants à l’hôpital. Les zones fiscales sont redessinées pour avantager les riches. Des familles sont réduites à néant par une gestion agressive et ouvertement raciste de l’immigration, par des actes de déportation.</p>
<p>Rien de ceci n’est pourtant nouveau. Des événements comme le Brexit ou les élections 2016 aux USA ont pu en surprendre plus d’un, mais pas nous. Pas celles et ceux qui sont au cœur de nos luttes. C’est ce que nous sommes. Ce que nous avons toujours été. Au moment de la rédaction de <em>La cité de l’Orque</em>, les ambitions politiques de notre président actuel se résumaient à un slogan absurde. Quand j’ai vendu les droits de mon livre, une semaine avant l’élection, cela provoquait toujours des rires, inquiets cette fois.</p>
<blockquote>
<p><em>Nous avons encore besoin d’histoires qui parlent du SIDA/VIH parce que le SIDA/VIH est toujours là.</em></p>
</blockquote>
<p>Nous avons encore besoin d’histoires qui parlent du SIDA/VIH parce que le SIDA/VIH est toujours là. Frappant toujours plus fort les plus pauvres, les personnes racisées, et tous les « non-males-cis »<span style="color: #666699;"><sup>5</sup></span>. Parce qu’il y a encore tant à faire. Que les gays blancs puissent se reconnaître dans des films ne signifie pas nous ayons démantelé la masculinité toxique. Les nazis manifestent en pleine rue et dominent les réseaux sociaux ; les flics tuent encore des personnes de couleur non-armées. Nos voix les plus hideuses contrôlent le débat public.</p>
<p>Nous avons changé le monde une fois, alors que nous étions dos au mur. Nous pouvons recommencer.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Sam J. Miller</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-3761 aligncenter" src="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/01/citeorque-300x111.png" alt="" width="300" height="111" srcset="https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/01/citeorque-300x111.png 300w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/01/citeorque-768x284.png 768w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/01/citeorque-1024x379.png 1024w, https://www.albin-michel-imaginaire.fr/wp-content/uploads/2019/01/citeorque.png 1080w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<hr />
<h6 style="text-align: right;"><em><span style="color: #666699;">1 &#8211; Un </span></em><span style="color: #666699;">die-in</span><em><span style="color: #666699;"> est une forme de manifestation, à l&rsquo;instar d&rsquo;un </span></em><span style="color: #666699;">sit in</span><em><span style="color: #666699;">, <br />qui consiste à s&rsquo;allonger au sol pour illustrer un grand nombre de victimes.</span></em></h6>
<h6 style="text-align: right;"><em><span style="color: #666699;">2 &#8211; </span></em><span style="color: #666699;">Act Up (AIDS Coalition to Unleash Power) </span><em><span style="color: #666699;"> a de nombreuses antennes, dont </span></em><span style="color: #666699;">Actu Up Paris</span><em><span style="color: #666699;">, crée en 1989 par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin. <br />Leurs actions et manifestations débutèrent quelques mois après, <br />avec notamment un préservatif géant déroulé sur l’obélisque de la Concorde le 1er décembre 1993. <br />Nous vous renvoyons à <span style="text-decoration: underline;"><a style="color: #666699; text-decoration: underline;" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Act_Up-Paris">cette page Wikipédia</a></span> et ses nombreux liens <br />Nous vous conseillons également le film </span></em><span style="color: #666699;">120 battements par minute </span><em><span style="color: #666699;">de <span class="LrzXr kno-fv">Robin Campillo</span> <br />et plus simplement le site d<span style="text-decoration: underline;">&lsquo;<a style="color: #666699; text-decoration: underline;" href="https://www.actupparis.org/">Act Up Paris</a></span>, toujours en activité.</span></em></h6>
<h6 style="text-align: right;"><em><span style="color: #666699;">3 &#8211; LGBTQIA : Lesbiennes Gay Bi Trans Queer Intersexes Asexuels</span></em></h6>
<h6 style="text-align: right;"><em><span style="color: #666699;">4 &#8211; NDT : nous sommes prêts à parier que Sam J. Miller pense en particulier à </span></em><span style="color: #666699;"><a style="color: #666699;" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Love,_Simon" target="_blank" rel="noopener"><span style="text-decoration: underline;">Love, Simon</span></a></span><em><span style="color: #666699;"> de Greg Berlanti, sorti en 2018.</span></em></h6>
<h6 style="text-align: right;"><em><span style="color: #666699;">5 &#8211; </span></em><span style="color: #666699;">Non-male-cis :</span><em><span style="color: #666699;"> désigne toute personne n&rsquo;étant pas un homme cisgenre.<br />C&rsquo;est à dire un homme dont le genre est en accord avec son sexe biologique assigné à la naissance.</span></em></h6></div>
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